Décès du sénateur Dreyfus-Schmidt

7 09 2008

Nous sommes au regret de vous informer de la disparition du sénateur Michel Dreyfus-Schmidt dans la nuit de samedi à dimanche.
Toutes nos pensées vont vers sa famille et ses proches.

Voici la dépêche AFP :

BELFORT (AFP) — Le sénateur socialiste et ancien vice-président du Sénat Michel Dreyfus-Schmidt est décédé dans la nuit de samedi à dimanche à l’âge de 76 ans à son domicile à Belfort, a-t-on appris auprès d’un proche.
Fils de Pierre Dreyfus-Schmidt, ancien maire de Belfort, cet avocat de formation né en 1932 et ancien militant de l’Union progressiste, avait démarré sa carrière politique comme adjoint à la mairie de Belfort.
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Vous pouvez adresser vos condoléances ici :
Famille Dreyfus-Schmidt – 5 quai Vauban 90005 Belfort





Euthanasie : Question orale du sénateur Dreyfus-Schmidt

9 04 2008

MALADES EN FIN DE VIE (QUESTION ORALE AVEC DÉBAT) du 8 avril 2008

« M. Michel Dreyfus-Schmidt. – Un grand journal du soir, selon la formule consacrée, avait publié le 8 novembre 2003 un article que je lui avais adressé. Il a en 2005 ignoré une mise au point que j’avais faite, au sujet d’une tribune parue dans ses colonnes.

Dans le premier article, je notais qu’avant la loi Veil, les femmes recouraient à l’avortement à leurs risques et périls -risque vital pour elles, risque pénal pour ceux qui les aidaient. Puis un cadre légal fut enfin instauré et les craintes d’abus, démenties. La loi, je le rappelle, fut votée grâce à l’apport de la gauche et malgré l’opposition farouche qui s’était manifestée au Sénat.

La problématique est identique pour l’euthanasie. Légiférer est inévitable et nous y serons acculés par d’autres tragédies semblables à celle de Chantal Sébire, qui a tant frappé l’opinion.

Dans une tribune, « Accompagner la fin de vie demain », publiée par Le Monde, les auteurs regrettaient que le groupe socialiste au Sénat se soit abstenu sur la proposition de loi « consensuelle » adoptée par l’Assemblée nationale et votée, notamment, par deux députés de gauche, Claude Evin et Paulette Guinchard-Kunstler.

Mais le groupe socialiste ne s’est pas abstenu : il n’a pas pris part au vote, parce qu’il avait quitté l’hémicycle avant, tout comme les groupes CRC et UC, pour protester contre le refus de l’UMP d’accepter le moindre amendement -y compris ceux adoptés par la commission sur proposition de son président. Le groupe socialiste était unanime à retenir les suggestions de l’Assemblée nationale : droit au refus de l’obstination déraisonnable ; droit d’être avisé par le médecin que le traitement peut avoir pour effet d’abréger la vie ; droit au refus de tout traitement ; droit pour le médecin, lorsque le patient est inconscient, de limiter ou d’arrêter tout traitement après une procédure collégiale et la consultation d’une personne de confiance ; droit à recevoir des soins palliatifs.

Mais le groupe a jugé tout ce progrès insuffisant et a proposé d’ajouter l’euthanasie active aux euthanasies indirecte ou passive -en l’encadrant précisément. L’Assemblée nationale s’est refusé à mettre la loi en conformité avec la réalité des choses et avec l’opinion de l’immense majorité des Français : 84 % sont favorables à l’euthanasie active, 9 % seulement y étant opposés.

La discussion générale à l’Assemblée nationale était édifiante : des orateurs, de droite comme de gauche, ont estimé que le texte issu de la commission spéciale n’était qu’une étape ; d’autres y ont vu un aboutissement ; et tous se sont félicités du consensus ! Henriette Martinet, une députée UMP, a fait remarquer que le vote intervenait trente ans, jour pour jour, après le vote de la loi relative à l’interruption volontaire de grossesse. Nul en revanche n’a fait observer que la loi Veil avait été tout sauf consensuelle et qu’elle n’eût pas été votée sans l’apport massif de la gauche. En octobre 1981, des parlementaires de droite à l’Assemblée comme au Sénat s’opposèrent à l’abolition de la peine de mort, tandis que les autres, en forte majorité, la votaient.

Lors de la discussion de la proposition de loi « fin de vie », tous les députés ou presque ont reconnu que la commission spéciale était née à la suite de l’émotion soulevée par l’affaire Humbert. Ils ont rendu un hommage appuyé à Vincent Humbert, à sa mère et au docteur Frédéric Chaussoy. Or, incroyable paradoxe, le texte de l’Assemblée nationale n’aurait en rien empêché l’inculpation de Marie Humbert, ni celle, pour assassinat, du docteur Chaussoy ! Les affaires de ce type ne doivent plus relever du pénal !

Mais j’irai plus loin : même inconscients, même sans y avoir pensé lorsqu’ils étaient en bonne santé, ceux qui souffrent atrocement, ceux qui ne peuvent plus vouloir vivre, doivent être aidés à mourir, sans devoir être condamnés à mourir de faim et de soif, comme l’Américaine Terry Schiavo. Et c’est une évidence : cette aide doit demeurer l’exception, et être encadrée, selon les termes du Comité consultatif national d’éthique dans son avis du 27 janvier 2000 !

Respect de la liberté de conscience des médecins ; décision collégiale de trois médecins, dont l’un au moins hospitalier, temps de réflexion obligatoire avant confirmation ou renonciation ; comptes rendus soumis à une commission régionale de contrôle. La voilà, président About, votre autorité de contrôle !

M. Nicolas About, président de la commission. – Oh là là !

M. Michel Dreyfus-Schmidt. – Saisine possible par la commission régionale d’une autorité nationale de contrôle ayant tout pouvoir d’évocation ; registre national automatisé des directives anticipées à disposition du médecin…

Telles étaient les propositions constructives des groupes socialiste et CRC. Ces précautions existent à l’étranger et elles évitent tout dérapage.

Si nombre de croyants ont voté l’abolition de la peine de mort, ils s’opposent à cette évolution, comme Mme Bachelot-Narquin, contre l’avis de 80 % des Français. Je vois une seule solution : changer de majorité à l’Assemblée nationale ! (Applaudissements sur les bancs CRC et sur les bancs socialistes) »





Le droit de mourir en question au Sénat

7 04 2008

Le mardi 8 avril à 16h, le sénateur Dreyfus-Schmidt interpellera le Sénat sur la question de l’euthanasie active restée sans réponse, depuis la loi « Léonetti ».

Mardi 8 avril, cinq ans après, la proposition de loi « Dreyfus-Schmidt », présentée en 2004, et qui avait recueilli l’approbation de l’ADMD, sera à nouveau évoquée au Sénat.

Le Parlement interdit de débat. – S’il est une question difficile, qui mêle compassion, convictions morales et responsabilité, c’est bien celle de l’euthanasie active. La proposition de loi « Léonetti » directement issue de la commission créée à la suite de l’affaire Vincent Humbert, avait cette particularité de… ne pas traiter cette même situation. En avril 2005, lors de l’examen du texte au Parlement, le Gouvernement avait au surplus totalement exclu le débat et précipité l’adoption conforme de la proposition après une seule lecture dans chaque chambre : le Président de la commission des affaires sociales du Sénat n’était même pas venu en séance défendre les amendements que sa propre commission avait pourtant adopté sur sa proposition mais que le Gouvernement refusait.

Faire face. – Le groupe de travail de sénateurs socialistes, mené par Jean-Pierre GODEFROY, (sénateur de la Manche, Vice-président de la Commission des affaires sociales) avait, pour sa part, procédé à de nombreuses auditions en préparation de ce débat. C’est donc à l’issue d’une large réflexion que le groupe socialiste avait fait le choix de défendre le droit de mourir, encadré de strictes garanties telles que proposées par Michel DREYFUS-SCHMIDT (Proposition de loi n 26, 2004-2005).

Mais quand ? – Car s’il est une responsabilité du législateur, c’est bien celle d’élaborer, de manière pesée, hors croyances et dogmes, l’exercice des droits de manière libre et égale pour tous. Mais aucun texte ne l’investit du droit d’interdire à chacun de disposer de soi-même, dès lors que ce choix est librement exercé et ne nuit pas à autrui. Et ce même législateur ne peut, sans contradiction, autoriser le « laisser mourir » (de faim et de soif…) des personnes en fin de vie et refuser dans le même temps un droit identique aux malades dont les souffrances les portent à cette extrémité. Michel Dreyfus-Schmidt s’interrogeait en 2003 : « Nous en viendrons inévitablement à légiférer un jour, acculés par d’autres tragédies. Mais quand ? » (Le Monde 7/11/2003). Cinq ans sont passés et après le décès de Chantal SEBIRE, Michel DREYFUS-SCHMIDT sera sans conteste écouté à la tribune du Sénat. Mais sera-t-il entendu ?





L’euthanasie toujours et encore

25 03 2008

En 2003 le sénateur Dreyfus-Schmidt publiait une tribune en forme d’appel : « Légaliser l’euthanasie : le bon sens ». L’affaire Humbert était encore dans tous les esprits. La loi sur la fin de vie qui fut adoptée en 2005 resta insuffisante. Et aujourd’hui en 2008, elle le demeure encore avec le décès de Chantal Sébire.

Tribune publiée dans Le Monde le 8/11/03

« Légaliser l’euthanasie: le bon sens.

Me revient avec émotion cette phrase de l’ancien ministre Roger Quilliot lorsqu’il mit fin à ses jours en 1998 : « Notre choix de la mort est un acte de liberté ». Ce message adressé à la société prenait la forme d’un appel en faveur de la légalisation de l’euthanasie. Le sujet embrasa l’opinion publique, les hommes politiques s’emparèrent momentanément de la question. Puis rien… Un lourd silence s’abattait et, comme apathique, la société restait sourde à la posthume supplique. Il y eu d’autres épisodes, d’autres drames, rappelant le lancinant problème de l’euthanasie ; jusqu’à la tragédie du jeune Vincent Humbert qui, pour poignante qu’elle fut, ne permit pas la prise de conscience salutaire.

Restera-t-on à considérer, comme notre Premier ministre nous y invite, que cette question ne relève pas de la politique ? Que le statu quo est acceptable, voire souhaitable ?
Pourtant aujourd’hui encore on aide au suicide. Tout le monde le sait, mais surtout ne le répétez pas. Tout est bien tant que rien n’est dit, et si vous vous faites prendre sur le fait, eh bien, c’est dommage. On sympathisera souvent, on demandera clémence parfois, et la justice, contrainte par la loi, tranchera avec la compassion d’un tampon de greffier.
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